Sport et Rap français

Le sport et le rap français, c’est un peu « je t’aime moi non plus ». Les rappeurs aiment souvent le sport, mais de temps en temps, au détour d’une rime, et plus rarement pour un morceau entier. En route pour quelques sons et autres rimes fleurant bon la transpi’ ou l’amour du maillot.

On peut parier qu’une analyse quantitative des thèmes abordés dans le rap français révélerait un classement assez peu glorieux pour le sport. Pire, il arriverait certainement assez loin devant d’autres thèmes, sûrement moins susceptibles de permettre un partenariat avec le ministère de la santé ou une opération « manger bouger ». Si le sport est rarement le thème central d’un morceau, nos chers rappeurs français ont toujours su jouer avec les mots de ce vaste champ thématique, et peu importe que la discipline soit olympique ou non. Pour preuve, déjà en 1998, quand Kool Shen backait Busta Flex sur « J’fais mon job à plein temps », rappant « et sinon, t’as l’air costaud comme mec ? », le second répondait : « bien sûr je fais du sport/ je suis toujours en train de courir à fond dans les transports ».

Le sujet a inspiré plus d’un rappeur, de Manu Key, que l’amour a  « rayé comme le maillot de l’Argentine (Mafia K’1 Fry-« Pour ceux »), jusqu’aux  rimes de La Caution sur de footballeurs très peu connus, ou les couleurs du « rouge et noir » souvent associées à des joueurs milanais, des Sages Po’ jusqu’à Sopico.

Dans la grande famille recomposée du rap français, c’est bien sûr le foot qui domine logiquement, avec son statut de sport populaire  numéro 1 dans l’hexagone.

Aussi les références au ballon rond sont logiquement très diverses. On peut n’avoir « confiance qu’en Zizou dans les arrêts de jeu » (Kaaris sur le morceau de Booba, « Kalash »), ou « demander à Aimé Jacquet si les médias français sont tous de goût » (Fabe – L’emmerdeur public n°1). Sans parler des nombreuses références à Maradona et sa fameuse « main de dieu », ou encore des titres sous forme de name-drop clin d’œil résumant le thème du morceau, comme le récent « Shaquille O’Neal » de Big Budha Cheez, ou encore « Abou Diaby » de Joe Lucazz, en référence à ses nombreuses blessures et sa carrière en dents de scie.

Dans le format d’un article, impossible d’énumérer toutes les références sportives présentes dans des textes de rap français. On a donc décidé de faire une petite revue de morceaux de rap en français, qui abordent le sport avec un angle original, ou mettent en avant une référence sportive en premier plan, au-delà d’une simple punchline. Mais comme pour les punchlines, chacun a finalement sa définition du sport, et quand on a l’amour du maillot et du beau jeu, on arrive parfois à concilier rap et sport, pour la gagne ou l’amour du beau geste.

Le rap sportif inventif

Les rappeurs du groupe Puzzle, groupe trop méconnu du 18ème arrondissement parisien, avaient leur conception bien à eux du sport, avec une discipline unique au monde, la course à pied en supermarché. Zedoo explique : « Mon sac est déjà rempli à ras bord/ Le vigile est pas d’accord, va falloir la jouer fine / Donc premier exercice de la journée, le jogging ». En plus, au couplet suivant, Resha avait de vrais conseils pointus en matière de préparation physique : « En bon athlète, j’préfère ingurgiter d’la Heineken / pour la musculation intensive de son abdomen ». A vous de voir ce que vous en faites.

Puzzle – Reste sport

Le sport et ses valeurs

Sur leur deuxième album, les Sages Poètes de la rue étaient sans doute au sommet de leur art. https://open.spotify.com/track/1Kv4HHyKrTzhyKe42Miy66?si=Khge5CVETCaz_LVr_u066g . )

Sur le double album qu’est « Jusqu’à l’amour », le morceau « Victoire » met en avant toute la combativité qu’on peut trouver dans le sport pour inspirer ses combats du quotidien, qu’on soit en short, en survêt’ ou en costard. Ainsi, Zoxea détaille une remontée du score en « finale de coupe », et quand Zoxea « se mit à dribbler, feinter, marquer » sous les vivas de la foule. Avant de céder le micro à Dany Dan, qui raconte sa partie de basket sur un playground, en mode lendemain de soirée.

IV My People – C’est pour toi que tu joues

En 2006, l’équipe IV My People menée par Kool Shen, est sollicitée pour réaliser le générique d’un documentaire, « A la Clairefontaine », consacré au fameux centre de formation. De quoi avoir le plaisir d’entendre les deux moitiés de Nysay, Exs et surtout le légendaire Salif, qui envoie quelques messages bien sentis aux jeunes prodiges du ballon rond en quête de gloire : «  La frime, l’argent, s’te plaît laisse ça aux grands Tu peux être fier mais ton arrogance laisse-là au vestiaire/ Les tacles, les coups : c’est l’jeu/ Ferme ta gueule ta place vaut cher »

Flynt – Comme sur un playground

Dans ce morceau de « J’éclaire ma ville », Flynt kicke un texte avec son style habituel, direct: « comme sur un playground, ça empêche pas d’être spectaculaire, ça empêche pas d’avoir une motivation très grande ». Il cite au passage quelques talents issus des playgrounds parisiens, comme Khalilou Fadiga ou Moustapha Sonko, pour faire de ce track une motivation song idéale pour les fanas du panier.

Le plus technique

Doc Gynéco – Passement de jambes

Incontournable parmi les titres se référant au sport, « Passement de jambes » de Doc Gynéco, sur son premier disque, le classique « Première Consultation ». Après une intro de Basile Boli, Bruno y name-droppe une belle série de footballeurs, de Bebeto à Karl-Heinz Rummenigge en passant par Cantona et Mark Landers, pointure ayant mouillé le maillot dans Olive et Tom. Avec l’énergie pleine de groove qu’il avait à l’époque, le doc rappe avec précision, « pas d’échange de maillot, tu pourrais prendre mon flow ».

Le plus musclé

Gradur

On ne pouvait faire l’impasse sur ce titre. Véritable hymne au soulèvement de kilos, le morceau est sûrement de loin le plus efficace du rap français, pour se remotiver entre deux séries de pompes ou battre des records à la salle. Le message est direct comme un crochet du droit : « Le petit Gradi a changé, devenu mauvais garçon/ Sur du Gradur fais des pompes, des tractions »

Les rappeurs fans de skate

Lomepal – Bryan Herman

Suivant une tendance relativement récente à utiliser des noms de personnalité comme titres de morceaux, ce jeu de rap a été étendu aux sportifs. Dans les sorties de ces dernières années, on peut relever des titres comme « Bryan Herman » de Lomepal (qui a été jusqu’à nommer son album « Flip », le nom d’une figure bien connue des amateurs de ride sur roulettes). Lomepal s’y vante d’être le plus grand rappeur-skateur du game, et pour les moins avertis, donne matière à en savoir plus sur ce monde de casse-cous, entre entorses et spots prisés aux quatre coins de la planète : « Feeble front, hardflip, jamais un vrai skateur n’avait été aussi fort en rap ».Une association de la musique et du sport que le parisien va pousser assez loin, puisque il a même réalisé un « Flip Skate Tour » dans différentes villes, jusqu’à Bruxelles et Barcelone. Un talent pour le skate non simulé, puisqu’on peut le voir donner de sa personne dans la vidéo du morceau

Fatalement, on se doit alors de citer le belge Isha et son incroyable « Tony Hawk », autre référence dans le monde du skate-board, et étalon de mesure d’un respect forcément en augmentation, pour un des Belges les plus chauds actuellement. Et pour compléter la famille des rappeurs fans de skate-board, on se doit également de citer Sameer Ahmad, aka le plus inconnu des rappeurs reconnus. Dans un clip sorti l’an dernier sous le nom d’ « Un amour suprême », il a sorti un clip réalisé uniquement à base d’images archives du skateur californien Ray Barbee, que l’on voit chevaucher le mobilier urbain avec classe.

Un amour suprême – Partie 1

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